La grossesse est souvent décrite comme une période de transformation et d’anticipation. Pendant neuf mois, le corps de la future mère s’adapte progressivement pour soutenir le développement du bébé. La grande majorité des grossesses évoluent sans complications majeures. Toutefois, certaines pathologies spécifiques peuvent parfois apparaître.
Parmi les complications les plus rares figure la stéatose hépatique aiguë gravidique (SHAG). Cette maladie du foie, exclusivement liée à la grossesse, demeure peu connue du grand public. Pourtant, même si elle reste exceptionnelle, elle nécessite une prise en charge rapide lorsqu’elle survient.
L’objectif de cet article est d’expliquer simplement ce qu’est cette affection, comment elle se manifeste et pourquoi un diagnostic précoce joue un rôle essentiel pour protéger la santé de la mère et celle du bébé.
Une maladie du foie propre à la grossesse
La stéatose hépatique aiguë gravidique, appelée acute fatty liver of pregnancy en anglais, correspond à une accumulation anormale de graisses dans les cellules du foie. Cette accumulation perturbe progressivement le fonctionnement de cet organe, indispensable au métabolisme de l’organisme.
Le foie assure en effet plusieurs fonctions vitales : il participe à la transformation des nutriments, à la régulation de la glycémie, à la synthèse de protéines importantes pour la coagulation sanguine et à l’élimination de substances potentiellement toxiques. Lorsque ces mécanismes sont altérés, l’organisme peut rapidement se déséquilibrer (Bacq, 2018).
La SHAG survient le plus souvent au cours du troisième trimestre de la grossesse et touche environ une grossesse sur 10 000 à 20 000, ce qui en fait une complication rare mais bien identifiée par les équipes obstétricales (Knight et al., 2015).
Pour une présentation médicale détaillée des maladies hépatiques liées à la grossesse :
https://www.fmcgastro.org/texte-postu/postu-2024/maladies-hepatiques-liees-a-la-grossesse/
Comprendre les causes : un mécanisme métabolique complexe
Pendant longtemps, les causes de la stéatose hépatique aiguë gravidique sont restées mystérieuses. Les recherches menées ces dernières décennies ont permis d’identifier un mécanisme impliquant le métabolisme des acides gras.
Dans certains cas, le fœtus présente une anomalie génétique affectant une enzyme appelée LCHAD (long-chain 3-hydroxyacyl-CoA dehydrogenase). Cette enzyme intervient dans la dégradation des acides gras au sein des mitochondries, les structures cellulaires responsables de la production d’énergie.
Lorsque ce système fonctionne mal, certains métabolites peuvent s’accumuler dans l’organisme de la mère, provoquant des lésions au niveau du foie (Ibdah et al., 1999).
Plusieurs publications scientifiques ont confirmé cette relation entre anomalies de la bêta-oxydation et SHAG :
- https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/10432325
- https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0929693X17302117
- https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK545315/
- https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5758281/
Ces travaux montrent que la maladie résulte probablement d’une interaction entre facteurs génétiques, hormonaux et métaboliques propres à la grossesse.
Quand la maladie apparaît-elle ?
Dans la grande majorité des cas, la SHAG se manifeste au cours des dernières semaines de la grossesse, généralement entre la 34ᵉ et la 38ᵉ semaine.
Plus rarement, elle peut apparaître :
- au cours du deuxième trimestre
- ou dans les jours suivant l’accouchement (post-partum).
Contrairement à certaines pathologies obstétricales, elle peut toucher des femmes sans facteur de risque identifiable (Ch’ng et al., 2002).
Pour une synthèse clinique :
https://www.em-consulte.com/article/1632006/foie-et-grossesse
https://www.merckmanuals.com/professional/gynecology-and-obstetrics/liver-disease-in-pregnancy/acute-fatty-liver-of-pregnancy
Des symptômes parfois difficiles à reconnaître
L’une des difficultés du diagnostic de la SHAG réside dans le fait que ses premiers symptômes peuvent ressembler à des inconforts courants de la grossesse.
Les signes les plus fréquemment rapportés sont :
- nausées persistantes
- vomissements
- fatigue inhabituelle
- perte d’appétit
- douleurs dans la partie supérieure de l’abdomen.
À mesure que la maladie progresse, d’autres manifestations peuvent apparaître :
- jaunisse (ictère)
- soif excessive
- maux de tête
- troubles de la concentration.
Dans certains cas plus sévères, la maladie peut entraîner :
- une hypoglycémie
- des troubles de la coagulation
- une insuffisance rénale.
Des descriptions cliniques détaillées sont disponibles dans les ressources suivantes :
- https://rarediseases.org/rare-diseases/acute-fatty-liver-of-pregnancy/
- https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK545315/
- https://www.uptodate.com/contents/acute-fatty-liver-of-pregnancy
Comment le diagnostic est-il posé ?
Le diagnostic de la stéatose hépatique aiguë gravidique repose sur une combinaison d’éléments cliniques et biologiques.
Les médecins prennent en compte :
- les symptômes présentés par la patiente
- les résultats des analyses sanguines
- les examens d’imagerie.
Les analyses biologiques peuvent révéler :
- une augmentation des enzymes hépatiques
- une élévation de la bilirubine
- une baisse de la glycémie
- des anomalies de la coagulation.
Les cliniciens utilisent souvent les critères de Swansea, un ensemble de paramètres permettant d’orienter le diagnostic sans recourir systématiquement à une biopsie hépatique (Ch’ng et al., 2002).
Pour consulter les critères :
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5758281/
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK545315/
Quels sont les risques pour la mère et l’enfant ?
Avant les années 1980, la stéatose hépatique aiguë gravidique était associée à une mortalité maternelle importante. Les progrès de la médecine obstétricale ont profondément amélioré la situation.
Aujourd’hui, lorsque la maladie est reconnue rapidement, le pronostic est généralement favorable.
Cependant, en l’absence de traitement, plusieurs complications peuvent survenir.
Chez la mère :
- insuffisance hépatique aiguë
- troubles de coagulation
- insuffisance rénale
- défaillance multiviscérale.
Chez le bébé :
- prématurité
- souffrance fœtale
- troubles métaboliques liés à une anomalie génétique.
Des analyses détaillées sont disponibles ici :
- https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5758281/
- https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2468718922001611
- https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/21831509/
Une prise en charge centrée sur l’accouchement
Le traitement de la SHAG repose sur une mesure principale : mettre fin à la grossesse dès que le diagnostic est suspecté ou confirmé.
Selon la situation médicale, les équipes obstétricales peuvent décider :
- de déclencher l’accouchement
- ou de réaliser une césarienne en urgence.
La patiente bénéficie également d’une prise en charge hospitalière incluant :
- perfusion de glucose
- correction des troubles de coagulation
- surveillance en soins intensifs si nécessaire.
Dans la majorité des cas, l’état du foie s’améliore progressivement dans les jours suivant l’accouchement.
Pour consulter les recommandations médicales :
- https://www.merckmanuals.com/professional/gynecology-and-obstetrics/liver-disease-in-pregnancy/acute-fatty-liver-of-pregnancy
- https://www.uptodate.com/contents/acute-fatty-liver-of-pregnancy
- https://emedicine.medscape.com/article/156539-overview
Peut-on prévenir la stéatose hépatique aiguë gravidique ?
À l’heure actuelle, il n’existe pas de stratégie de prévention spécifique, car la maladie reste difficile à prédire.
Cependant, un suivi médical régulier permet souvent de détecter rapidement les signes d’alerte.
Les professionnels de santé recommandent notamment :
- un suivi prénatal attentif
- la réalisation des examens sanguins prescrits
- une consultation rapide en cas de symptômes inhabituels.
Dans certaines situations, un dépistage des troubles du métabolisme des acides gras chez le nouveau-né peut également être proposé.
Plus d’informations :
- https://ghr.nlm.nih.gov/condition/long-chain-3-hydroxyacyl-coa-dehydrogenase-deficiency
- https://www.orpha.net/consor/cgi-bin/OC_Exp.php?Lng=FR&Expert=268
Ce qu’il faut retenir
La stéatose hépatique aiguë gravidique est une complication rare mais sérieuse de la grossesse. Elle apparaît généralement en fin de grossesse et nécessite une prise en charge rapide.
Grâce aux progrès de la médecine, le pronostic est aujourd’hui nettement meilleur qu’autrefois, et la majorité des patientes récupèrent complètement après l’accouchement.
Pour les futures mères, l’essentiel reste de maintenir un suivi médical régulier et de consulter rapidement en cas de symptômes inhabituels.
Une information claire et accessible contribue aussi à rendre la grossesse plus sereine et mieux accompagnée.
Bibliographie (APA)
Bacq, Y. (2018). Liver diseases unique to pregnancy. Clinical Research in Hepatology and Gastroenterology.
Ch’ng, C. L., Morgan, M., Hainsworth, I., & Kingham, J. G. C. (2002). Prospective study of liver dysfunction in pregnancy in Southwest Wales. Gut.
Ibdah, J. A., et al. (1999). A fetal fatty-acid oxidation disorder as a cause of liver disease in pregnancy. New England Journal of Medicine.
Knight, M., Nelson-Piercy, C., Kurinczuk, J. J., & Spark, P. (2015). Acute fatty liver of pregnancy in the UK. Gut.
FMC-HGE. (2024). Maladies hépatiques liées à la grossesse.
Merck Manual. (2023). Acute fatty liver of pregnancy.
National Organization for Rare Disorders. (2023). Acute fatty liver of pregnancy.
National Library of Medicine. (2023). Acute fatty liver of pregnancy.
